L'auberge du bonheur de Claude et Marie-France
Gardon, Anne. "L'auberge du bonheur de Claude et Marie-France". Magazine Qui. (Montréal) p.61-63.

La Catalina, ça vous dit quelque chose? Probablement pas, même si vous passez vos vacances en République Dominicaine. Marjo, Normand Brathwaite, Edith Butler, Raoul Duguay, Guy Fournier, Jean-François Lépine, Marguerite Blais, Louise Deschâtelets, eux, connaissent bien. C'est là qu'ils vont se reposer, loin du bruit et de la fureur du showbiz québécois. Ils en reviennent gonflés à bloc.

 

La Catalina, c'est un petit hôtel de douze chambres caché derrière un écran de bougainvilliers, d'hibiscus et d'oiseaux de paradis, sur les hauteurs de Cabrera, un village à une heure et demi de route de Puerto Plata.

Ce havre de paix est l'oeuvre de Claude Bouthillier et Marie France Paquette,deux Québécois qui ont fait de la République Dominicaine leur seconde patrie. Depuis huit ans, ils vivent à l'ombre des Palmiers dans un des plus beaux paysages des Antilles.

"Nous pouvons rester des heures à admirer le panorama, sans jamais nous lasser", confie Marie-France avec le sourire des gens comblés. Mais pas inactifs. Tenir une auberge n'est pas de tout repos, surtout lorsqu'on y a investi sa vie, ses économies et toute son énergie.

L'aventure dominicaine de Claude et Marie-France a commencé en 1986. Claude terminait son contrat en Haïti avec Save the Children, un organisme d'aide aux pays en voie de développement. Un jour,il confie à un ami dominicain son vieux rêve d'ouvrir une auberge dans les Antilles; celui-ci le prend au mot et lui propose une association. Elle dure juste assez longtemps pour convaincre Claude que son avenir est dans l'hôtellerie et non dans le travail social. Entre-temps, il rencontre Marie-France lors d'un passage à Montréal. Un Blind date qui se transforme en un véritable coup de foudre et qui va changer leur vie.

Ensemble, ils achètent une vaste ferme avec veaux, vaches, cochons, couvées. En 1988, La Catalina ouvre ses portes.

Si l'hôtel connait aujourd'hui un grand succès, c'est grâce à leur persévérance à tout deux, mais surtout à l'amour qui les unit. "On est vraiment fait l'un pour l'autre", dit Marie-France. "Et c'est parce qu'on est deux qu'on a pu réaliser notre rêve", enchaîne Claude. Ils parlent souvent en duo, de façon naturelle: l'un commence une phrase, l'autre la termine.

Chez eux, le partage des tâches n'a rien à voir avec une négociation syndicale. "On est instinctivement d'accord. "Marie-France accueille les clients et supervise leur séjour. "Ça m'énerve, je suis incapable de faire ça", avoue Claude avec une grimace. Passionné de chiffres, lui s'occupe des relations extérieures, des contacts avec les autorités et la comptabilité.

L'harmonie qui règne à la Catalina est à l'image de leur couple. Dès le commencement du projet, ils avaient la même vision. "On avait une idée commune, une image plutôt, celle-là", dit Marie-France en embrassant du regard les bungalows, l'hôtel, la piscine, les jardins qui se fondent merveilleusement bien dans le décor.

Professeur d'art avant d'être hôtelière, Marie-France a dessiné tous les plans. "La vue sur la mer était essentielle pour nous. On voulait aussi préserver le plus de végétation possible, comme les trois palmiers royaux devant la terrasse et le gros arbre qui isole la piscine." Assise à une table installée en plein champ, Marie-France dessinait pendant que ses employés mesuraient "à la mitaine". "Elle a même transformé les plans pour pouvoir garder le mandarinier derrière la cuisine", fait remarquer Claude.

Ce respect qu'ils ont pour la nature, on le retrouve dans leurs rapports avec les Dominicains. " On agit ici comme on agirait au Québec." Pour eux il est normal d'embaucher des gens de la

communauté, quitte à leur enseigner le français, le service aux table et l'accueil aux clients.

La construction de La Catalina a été une vraie collaboration entre patrons et employés. Tout le monde ici est polyvalent. Quand le jardinier n'entretient pas les parterres, il aide à la cuisine. Quand le frigo tombe en panne, le chauffeur ouvre sa boîte à outil. Et, en cas de désastre, tout le monde met la main à la pâte.

C'est arrivé cette année quand, lors d'un violent orage, des torrents d'eau boueuse ont dévalé de la montagne. L'hôtel fut littéralement envahi de débris et de traînées brunâtres maculaient murs et planchers. S'emparant, qui de boyaux d'arrosage, qui de pelles ou de chiffons, tout le monde s'est mis à l'ouvrage. Le lendemain, l'hôtel était de nouveau "Spic& Span". Pour la piscine, ce fut un peu plus long; une semaine de labeur avant qu'elle ne retrouve son azur habituel.

En feuilletant l'album photos, on comprend mieux les liens qui unissent le couple à son personnel. Les photos du 1er mai, surtout, devenu la fête des employés, sont révélatrices. Le bar,la salle à manger, la piscine leur sont ouverts. "Quand il ya des clients, ils aident parfois à servir", dit Marie-France en riant. Il y a aussi les photos du mariage de l'une des serveuses. Claude était son témoin.

Sans oublier les prêts consentis par l'hôtel à plusieurs employés qui ont pu ainsi se construire une maison. "On aurait fait la même chose au Québec", insiste Claude. C'est dans le même esprit qu'ils ont choisi de s'approvisionner exclusivement en produits locaux. Les fruits et les légumes proviennent des fermesvoisines, les poissons sont pêchés localement et un fermier du coin passe tous les jours avec son âne apporter le lait frais.

La cuisine a été confiée à un jeune chef français, Rémi Rondot, un ancien du célèbre restaurant Le Mitoyen, à Laval. Claude et Marie-France sont des amis de Richard Bastien et Carole Léger, du Mitoyen. Depuis le début, ces derniers les ont beaucoup aidés en leur envoyant des employés pour diriger les cuisines de La Catalina, en élaborant les menus et en adaptant leurs recettes aux produits locaux. C'est un peu grâce à eux si la table de La Catalina est si réputée.

Aujourd'hui, Rémi Rondot mène la barque, cachant son talent derrière une nonchalance presque dominicaine. Cet amoureux de la nature est heureux de vivre ici et cela se goûte dans sa cuisine, légère, subtile, colorée, "riante".

Mais c'est surtout pour Claude et Marie-France que les clients - vedettes et illustres inconnus confondus - reviennent, année après année. La Catalina, c'est vraiment la maison de Claude et Marie-France. Ils y prennent d'ailleurs tous leurs repas et il n'est pas rare que Marie-France interrompe son dîner pour régler un détail, répondre à une demande, superviser un employé.

Mais à la tombée du jour, quand vient ce qu'elle appelle l'heure exquise, ce moment privilégié que les deux tourtereaux se réserve pour être ensemble, elle est heureuse aussi de s'asseoir et de regarder la mer pendant une heure.

"La ligne bleu de l'horizon, les palmiers, la vue, l'air qu'on respire,c'est ça qui nous soutient", affirme Claude. "Je me sens comblée", renchérit Marie-France en se tournant vers son compagnon.

Gardon, Anne. "L'auberge du bonheur de Claude et Marie-France". Magazine Qui. (Montréal) p.61-63.