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La Catalina, c'est un petit
hôtel de douze chambres caché derrière
un écran de bougainvilliers, d'hibiscus et d'oiseaux
de paradis, sur les hauteurs de Cabrera, un village à
une heure et demi de route de Puerto Plata.
Ce havre de paix est l'oeuvre de Claude Bouthillier
et Marie France Paquette,deux Québécois qui
ont fait de la République Dominicaine leur seconde
patrie. Depuis huit ans, ils vivent à l'ombre des Palmiers
dans un des plus beaux paysages des Antilles.
"Nous pouvons rester des heures à
admirer le panorama, sans jamais nous lasser", confie
Marie-France avec le sourire des gens comblés. Mais
pas inactifs. Tenir une auberge n'est pas de tout repos, surtout
lorsqu'on y a investi sa vie, ses économies et toute
son énergie.
L'aventure dominicaine de Claude et Marie-France
a commencé en 1986. Claude terminait son contrat en
Haïti avec Save the Children, un organisme d'aide aux
pays en voie de développement. Un jour,il confie à
un ami dominicain son vieux rêve d'ouvrir une auberge
dans les Antilles; celui-ci le prend au mot et lui propose
une association. Elle dure juste assez longtemps pour convaincre
Claude que son avenir est dans l'hôtellerie et non dans
le travail social. Entre-temps, il rencontre Marie-France
lors d'un passage à Montréal. Un Blind date
qui se transforme en un véritable coup de foudre et
qui va changer leur vie.
Ensemble, ils achètent une vaste ferme
avec veaux, vaches, cochons, couvées. En 1988, La Catalina
ouvre ses portes.
Si l'hôtel connait aujourd'hui un grand
succès, c'est grâce à leur persévérance
à tout deux, mais surtout à l'amour qui les
unit. "On est vraiment fait l'un pour l'autre",
dit Marie-France. "Et c'est parce qu'on est deux qu'on
a pu réaliser notre rêve", enchaîne
Claude. Ils parlent souvent en duo, de façon naturelle:
l'un commence une phrase, l'autre la termine.
Chez eux, le partage des tâches n'a
rien à voir avec une négociation syndicale.
"On est instinctivement d'accord. "Marie-France
accueille les clients et supervise leur séjour. "Ça
m'énerve, je suis incapable de faire ça",
avoue Claude avec une grimace. Passionné de chiffres,
lui s'occupe des relations extérieures, des contacts
avec les autorités et la comptabilité.
L'harmonie qui règne à la Catalina
est à l'image de leur couple. Dès le commencement
du projet, ils avaient la même vision. "On avait
une idée commune, une image plutôt, celle-là",
dit Marie-France en embrassant du regard les bungalows, l'hôtel,
la piscine, les jardins qui se fondent merveilleusement bien
dans le décor.
Professeur d'art avant d'être hôtelière,
Marie-France a dessiné tous les plans. "La vue
sur la mer était essentielle pour nous. On voulait
aussi préserver le plus de végétation
possible, comme les trois palmiers royaux devant la terrasse
et le gros arbre qui isole la piscine." Assise à
une table installée en plein champ, Marie-France dessinait
pendant que ses employés mesuraient "à
la mitaine". "Elle a même transformé
les plans pour pouvoir garder le mandarinier derrière
la cuisine", fait remarquer Claude.
Ce respect qu'ils ont pour la nature, on le
retrouve dans leurs rapports avec les Dominicains. "
On agit ici comme on agirait au Québec." Pour
eux il est normal d'embaucher des gens de la
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communauté, quitte à leur enseigner
le français, le service aux table et l'accueil aux
clients.
La construction de La Catalina a été
une vraie collaboration entre patrons et employés.
Tout le monde ici est polyvalent. Quand le jardinier n'entretient
pas les parterres, il aide à la cuisine. Quand le frigo
tombe en panne, le chauffeur ouvre sa boîte à
outil. Et, en cas de désastre, tout le monde met la
main à la pâte.
C'est arrivé cette année quand,
lors d'un violent orage, des torrents d'eau boueuse ont dévalé
de la montagne. L'hôtel fut littéralement envahi
de débris et de traînées brunâtres
maculaient murs et planchers. S'emparant, qui de boyaux d'arrosage,
qui de pelles ou de chiffons, tout le monde s'est mis à
l'ouvrage. Le lendemain, l'hôtel était de nouveau
"Spic& Span". Pour la piscine, ce fut un peu
plus long; une semaine de labeur avant qu'elle ne retrouve
son azur habituel.
En feuilletant l'album photos, on comprend
mieux les liens qui unissent le couple à son personnel.
Les photos du 1er mai, surtout, devenu la fête des employés,
sont révélatrices. Le bar,la salle à
manger, la piscine leur sont ouverts. "Quand il ya des
clients, ils aident parfois à servir", dit Marie-France
en riant. Il y a aussi les photos du mariage de l'une des
serveuses. Claude était son témoin.
Sans oublier les prêts consentis par
l'hôtel à plusieurs employés qui ont pu
ainsi se construire une maison. "On aurait fait la même
chose au Québec", insiste Claude. C'est dans le
même esprit qu'ils ont choisi de s'approvisionner exclusivement
en produits locaux. Les fruits et les légumes proviennent
des fermesvoisines, les poissons sont pêchés
localement et un fermier du coin passe tous les jours avec
son âne apporter le lait frais.
La cuisine a été confiée
à un jeune chef français, Rémi Rondot,
un ancien du célèbre restaurant Le Mitoyen,
à Laval. Claude et Marie-France sont des amis de Richard
Bastien et Carole Léger, du Mitoyen. Depuis le début,
ces derniers les ont beaucoup aidés en leur envoyant
des employés pour diriger les cuisines de La Catalina,
en élaborant les menus et en adaptant leurs recettes
aux produits locaux. C'est un peu grâce à eux
si la table de La Catalina est si réputée.
Aujourd'hui, Rémi Rondot mène
la barque, cachant son talent derrière une nonchalance
presque dominicaine. Cet amoureux de la nature est heureux
de vivre ici et cela se goûte dans sa cuisine, légère,
subtile, colorée, "riante".
Mais c'est surtout pour Claude et Marie-France
que les clients - vedettes et illustres inconnus confondus
- reviennent, année après année. La Catalina,
c'est vraiment la maison de Claude et Marie-France. Ils y
prennent d'ailleurs tous leurs repas et il n'est pas rare
que Marie-France interrompe son dîner pour régler
un détail, répondre à une demande, superviser
un employé.
Mais à la tombée du jour, quand
vient ce qu'elle appelle l'heure exquise, ce moment privilégié
que les deux tourtereaux se réserve pour être
ensemble, elle est heureuse aussi de s'asseoir et de regarder
la mer pendant une heure.
"La ligne bleu de l'horizon, les
palmiers, la vue, l'air qu'on respire,c'est ça qui
nous soutient", affirme Claude. "Je me sens comblée",
renchérit Marie-France en se tournant vers son compagnon.
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